Dana Giacobbi: volontaire professionel précédent

DanaDana Giacobbi était le volontaire outre-mers professionnel de la section de Montréal en automne 2010. Après avoir passé 4 mois au Burkina Faso, Dana a prolongé son placement d’un 6 mois supplémentaire avant de revenir à Montréal et assumer le rôle de Président de la section.

Qu’est-ce qui t’a poussé à travailler en Afrique avec ISF en tant que volontaire professionnel court-terme?

«  À ce point dans ma vie, en commençant par ce placement, j’espère décider de la direction dans laquelle je me dirige : est-ce que je vais utiliser ma formation d’ingénieur pour m’attaquer à des problèmes de développement humain, ou plutôt utiliser la perspective du développement humain pour redéfinir ce que signifie d’être un ingénieur? »

J’ai postulé comme volontaire professionnel court-terme en février 2010. La citation ci-dessus est tirée (et traduite) de mon formulaire de candidature et demeure une réponse honnête à la question de pourquoi j’ai postulé pour ce placement.

Ce qui m’a conduit vers Ingénieurs sans frontières Canada c’était l’échec de mon expérience en génie à refléter mes valeurs les plus chères jusqu’à présent. Je cherchais le meilleur moyen de servir le développement humain en tant qu’ingénieur. Avec sa culture organisationnelle de « poser des questions difficiles », de se remettre en question et d’aller au fond des choses, ISF s’est avéré le meilleur espace pour explorer la réponse à cette question. (Malheureusement pour mon expérience très technique, j’ai rapidement découvert que la réponse n’était pas d’appliquer mes connaissances des interactions-fluide-structure en Afrique)

Mon départ pour le Burkina Faso était le point culminant de cette recherche – la fin du début, si je peux m’exprimer ainsi. Je suis parti découvrir de mes propres yeux ce que signifiait le travail en développement, comment appliquer une approche et une pensée d’ingénieur à des problématiques humaines et comprendre ce que tout cela représentait pour moi personnellement. Effectivement, à travers mon placement, j’ai su vers où j’allais.

Comment décrirais-tu ton placement en un mot?

Important. (C’est ma tentative de traduire le mot “valuable” dans le sens que je veux l’exprimer.) Lors de mon séjour au Burkina, j’ai souvent réfléchi à cette question. En fait, chaque volontaire qui revient la redoute : « Comment était ton placement? » … Comment veux-tu répondre à ça? Alors j’ai essayé de trouver une réponse en un seul mot qui décrivait honnêtement ce que je ressentais.

Important, parce que je crois que le travail que nous faisons est extrêmement important. Les systèmes sur lesquels nous avons un impact en Afrique, la compréhension que nous ramenons au Canada – je crois que ces éléments ont le potentiel de changer entièrement la donne. Des bouleversements dans le système qui donnent plus de pouvoir à ceux qui en ont le plus de besoin, des changements qui redéfinissent les paradigmes de l’aide et la charité en celles du leadership local et de « l’empowerment », des transformations qui créent un monde plus juste avec plus d’opportunités pour tous.

Important, pour moi, pour mon développement personnel – j’ai énormément appris sur moi-même, au sujet des questions que je me posais, à propos de la la vie, sur des perspectives différentes, sur comment travailler dans des environnements éprouvants, sur le développement humain, sur le développement de mes forces, sur le leadership, sur la brillance des gens incroyables qui se battent pour leurs plus profondes croyances, sur comment être fidèle à ses passions, principes, ses valeurs, sur la justice, sur ma vision pour le monde et mon rôle à jouer…  Je ne dirais pas qu’un placement comme celui-ci aide à « se trouver ». Je dirais plutôt que ça m’a aidé à devenir ce que je me devais de devenir.

… Désolé, c’était un peu plus qu’un mot.

Donc, trois ans après cette fourche dans la route, quelle est la direction que tu as prise? Comment est-ce que ton placement a changé ton chemin? Quel est le résultat de tout ceci?

Comme je l’ai mentionné, mon placement au Burkina Faso m’a été très cher personnellement. Il eu un impact profond sur comment je perçois le monde et le rôle que j’ai à y jouer. Par contre, en même, j’ai aussi réalisé que ma place à moi n’était pas au Burkina. J’ai passé des mois et des mois à parler à des Burkinabés ayant mon propre âge en leur disant que leur sort était dans leurs propres mains, qu’il revenait à eux de devenir les agents de changements de leur propre système, de faire avancer ce qui leur tenait à cœur, de faire de leur pays ce qu’ils en rêvaient.

Au final, il semblerait que je croyais vraiment ce que je leur disais. Ce qui me passionne, c’est de créer le changement ici, dans mon entourage, dans ma profession, dans ma société. Des changements dans nos façons de faire au Canada, mais avec un impact global. Présentement, je ne crois pas que l’industrie du génie au Canada s’attaque aux problèmes les plus importants de notre monde, mais je crois qu’on pourrait. Je ne pense pas qu’on optimise pour les bonnes solutions – ou augmente l’efficacité pour ensuite la gaspiller, on cherche la croissance afin de croître plus, au lieu d’optimiser pour un monde durable, pour la justice et une société florissante. Je crois qu’on devrait se poser les vraies questions et tenter d’agir sur les vrais problèmes ???.

Après avoir vécu pendant un an dans ce qui semblait être un autre monde, je me suis rendu compte de deux choses. La première, c’est que, au contraire, ce ne sont pas deux mondes différents : le développement humain ce n’est pas un truc africain, ni un truc asiatique, ni un truc canadien – c’est un truc humain, et c’est le truc de tout le monde. Nous en faisons parti, que ça nous intéresse ou non. Alors la question devient tout simplement, va-t-on être un participant, ou un protagoniste? Je veux être un protagoniste.

La deuxième realisation m’est venu beaucoup plus tard – il y a quelques semaines, en fait – mais reflète un changement de perspective qui a du prendre place bien avant, lorsque j’étais encore au Burkina, sans que je le réalise. L’auteur américain T. S. Elliot a dit « Nous ne cesserons d’explorer et la fin de notre exploration sera de revenir à l’endroit où nous avions commencé pour le découvrir pour la première fois. » Lorsqu’on regarde le monde d’un œil différent, on se rend compte que les choses ne doivent pas forcément fonctionner comme elles le font maintenant – effectivement, à beaucoup d’endroit, c’est différent! Les suppositions sont faites pour être défiées. Ce que les autres prennent pour acquis devient un statut quo qui changera demain. En effet, le changement fondamental des systèmes tels qu’on les connait ne devient non seulement possible, désirable ou même nécessaire, mais inévitable.

Pour plus de réflexions de la part de Dana, et pour rencontrer les gens qui ont changé sa vie au Burkina, vous pouvez visiter :  danaburkina.wordpress.com

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